Marche de la Dignité et contre le racisme

Marche contre le racisme

Nous participerons samedi 31 octobre à la marche de la dignité et contre la racisme. RDV Barbès – Paris 18e – à 14h.

Notre position sur le système de domination raciste en France : http://www.c-g-a.org/content/le-systeme-de-domination-raciste-en-france

Face au racisme, riposte populaire !

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Ci-dessous l’appel unitaire :

« En octobre 2005, étaient fauchées en Seine-Saint-Denis, les jeunes vies de deux clichois, une tragédie mettant en cause des fonctionnaires de police. Depuis, la stratégie de l’État français, loin de chercher à châtier les coupables, consiste uniquement à fuir ses responsabilités. Comme il l’a fait dans les dizaines de crimes policiers depuis des décennies.

Ce même mois d’octobre 2005, comme réponse à leur mort, un vent de colère secoua toutes les banlieues de France pendant des semaines. Les interprétations les plus courantes de ces émeutes incriminèrent à juste titre la déshérence des quartiers, les conditions sociales lamentables, le chômage, la vie dure : une véritable guerre sociale faite aux pauvres. Mais elles ne dirent pas assez combien au cœur de cette révolte, figurait, forte, l’exigence de respect. La dénonciation du mépris par lequel avait été traitée la mort de ces deux adolescents et à travers leur cas, la dénonciation du mépris souverain dans lequel sont tenus les habitants des quartiers, leur attachement à la dignité collective.

Vingt ans plus tôt, ce sont déjà d’autres violences policières qui poussèrent des jeunes issus de l’immigration post-coloniale à mener à travers la France la Marche de 1984, la fameuse marche pour l’égalité. Égalité sociale, bien sûr mais aussi égalité de considération. Les jeunes disaient « Nous ne sommes pas du gibier à flics, nous sommes des êtres humains ! » L’État se devait de la briser. Il mit alors tout en œuvre pour saboter cette auto-organisation en médiatisant à outrance certaines officines pseudo-antiracistes. Celles-ci s’employèrent de tous leurs moyens financiers à étouffer la Marche pour l’égalité sous les milliers de décibels de concerts gratuits et leur antiracisme de pacotille.

Aujourd’hui, comme il y a 30 ans, comme il y a 10 ans, loin d’avoir renoncé à ses comportements passés, l’État français ne sait que renforcer tous ses dispositifs de surveillance et de répression. En plus des conditions sociales toujours plus déplorables, le harcèlement des populations des quartiers, leur humiliation, constituent le quotidien pour les Noirs, les Arabes, les Rroms, les Blancs des quartiers. Dans ce paysage dévasté, le crime policier n’est jamais fortuit. Il est l’aboutissement de toute la logique d’un État qui n’a pour nous que désintérêt et mépris.

Le crime policier est l’expression achevée du racisme d’État. C’est celui-ci qui conditionne des fonctionnaires puissamment armés à passer à l’acte, c’est lui qui les dispense de réfléchir au moment tragique, qui leur donne le temps de se saisir de leur arme, d’ajuster et de tirer à mort ou d’écraser la poitrine et la gorge de leur proie sous la clef d’étranglement. Le message implicite que délivre le crime policier est simple. « Non seulement vous n’êtes pas des êtres humains comme les autres, mais avec vous nous pouvons aller jusqu’à la mise à mort et les meurtriers sont assurés de l’impunité ». À ce jour, rarissimes sont les procès ayant abouti favorablement. Le crime policier n’est jamais un homicide involontaire, il n’est jamais gratuit, il est là pour répandre la consternation, la désolation dans les cœurs et les esprits des familles endeuillées, pour nous faire renoncer à être traités comme des êtres humains. Il n’épargnera personne, il est là pour nous terroriser.

C’est pourquoi comme il y a 30 ans, comme il y a dix ans, contre l’humiliation quotidienne, contre le mépris, contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, galopantes, contre les crimes policiers, s’impose une nouvelle marche : la marche de la dignité. Notre réaction puissante, organisée, confiante est la seule façon d’enrayer notre écrasement collectif annoncé.

C’est à cette grande Marche de la Dignité que nous vous convions le 31 octobre prochain.« 

L’appel du collectif Juives et Juifs Révolutionnaires de Paris :

« Pourquoi nous irons à la Marche de la Dignité le 31 octobre.

Nous avons été contacté-e-s par le MAFED, collectif organisateur de la marche, qui nous a proposé de nous joindre à l’appel unitaire et d’aller marcher le 31 octobre pour la dignité et contre le racisme d’État.

L’objectif affiché de cette marche est la dénonciation du racisme d’État, et particulièrement des crimes policiers, avec la poursuite du combat engagé notamment lors de la Marche pour l’Égalité de 1983. Nous partageons l’ensemble des constats formulés dans cet appel concernant le caractère structurel du racisme en France et son aspect institutionnel à travers notamment les crimes policiers et l’impunité dont bénéficient leurs auteurs. C’est ce qui nous pousse à nous joindre à cette marche, parce que nous partageons la révolte de ses organisatrices contre le racisme. Nous partageons également l’idée qu’il est nécessaire de construire un front commun antiraciste. C’est pourquoi nous irons marcher le 31 octobre, sans pour autant être signataires de l’appel unitaire.

Concernant l’appel, nous avons constaté avec regret l’absence de la lutte contre l’antisémitisme de l’appel initial. Nous l’avons fait remarquer et avons conditionné notre signature à l’ajout de la mention de cette lutte. On nous a répondu que le texte était issu surtout des luttes contre les violences policières, qui, c’est la vérité, ne touchent pas spécifiquement les Juives et les Juifs. On nous a aussi répondu qu’il était difficile de modifier un texte déjà signé par autant d’organisations, à si peu de temps de l’échéance.

Nous entendons ces arguments, mais nous maintenons notre non-signature.

En effet, nous pensons également que l’État n’est pas le seul producteur du racisme : d’autres franges de la bourgeoisie sont aussi productrices de l’idéologie dominante, à travers les moyens dont elles disposent, notamment médiatiques. L’idéologie nationaliste est produite par les classes dominantes, et définit les contours d’une « majorité nationale » afin de défendre ses intérêts de classe. En ce sens, si, sous l’effet des luttes antiracistes, il n’existe plus aujourd’hui d’antisémitisme d’État, au sens d’une politique institutionnelle (même si les propos de Raymond Barre sur les « français innocents » ou l’affaire Goldman ne sont pas si lointaines), l’antisémitisme reste aujourd’hui promu et diffusé par une fraction de la bourgeoisie dans une période de crise, et reste structurant dans la société française. L’antisémitisme est aussi un outil de maintien de l’ordre néocolonial, qui n’a pas nécessairement besoin d’être endossé officiellement par l’État pour jouer son rôle : en Algérie coloniale, il était promu par le Parti Colonial Français pour désigner les Juifs et Juives comme boucs émissaires aux Musulmans et Musulmanes en lieu et place du pouvoir colonial, afin de se préserver de leur révolte. En témoignent les conférences antisémites de Drumont et consorts. Après les émeutes de 2005, de manière similaire, le pouvoir néocolonial a eu recours aux mêmes méthodes, en assurant la promotion de masse de l’antisémitisme à travers notamment Soral, Dieudonné… Hier comme aujourd’hui, les condamnations « officielles » de l’antisémitisme ne doivent pas nous tromper sur le rôle bien réel que joue cet antisémitisme dans le dispositif de maintien de l’ordre colonial.

Ce constat nous amène à affirmer qu’il ne sera pas possible de mettre en échec l’ordre néocolonial sans combattre aussi l’antisémitisme. Car ce dernier est utilisé comme hier pour préserver l’ordre raciste, bourgeois, et colonial. Il a des conséquences concrètes dramatiques pour la minorité nationale juive, qui subit de ce fait violences, agressions et isolement en étant désignée comme bouc émissaire de cet ordre inégalitaire. Nous sommes conscient-e-s que parmi les organisations qui soutiennent cet appel, certaines sont tombées à pieds joints dans le piège tendu. Mais nous pensons que cela ne doit pas nous amener à déserter un combat légitime, sans pour autant taire nos critiques à l’égard de certaines organisations qui y participent, comme lors de tout mouvement social. Nous invitons toutes les organisations qui se fixent pour objectif la défaite de l’ordre colonial et raciste à identifier ce dispositif pour ce qu’il est, et à le combattre avec détermination. Quant à nous, nous participerons à la Marche de la Dignité : pour signifier notre refus de tous les racismes et de toutes les oppressions, qui se soutiennent entre elles. Parce que nous pensons que la lutte contre l’antisémitisme est indissociable de la lutte contre le racisme.

Nous pensons que l’État ne nous défend pas et ne nous défendra jamais. En conséquence, nous voulons construire l’autodéfense juive antiraciste et révolutionnaire. Si nous y allons, ce ne sera pas pour être des « Juives et des Juifs de service » et nous irons donc en portant notre discours : l’antisémitisme est une forme de racisme brutale et centrale dans notre société et qu’il est impossible de le dissocier des autres formes de racisme et des autres oppressions. Nous disons aussi que ceux et celles qui considèrent cette oppression comme marginale ou secondaire se trompent. Nous irons en disant qu’il est impossible de détruire le racisme sans détruire toutes les oppressions, chose impossible sans combat pour l’unité de classe et la révolution sociale.

A l’heure où la parole raciste n’en finit plus de se banaliser, à l’heure où la police assassine en toute impunité quasi-systématiquement des prolétaires racisés, quelques mois après les attentats antisémites de la Porte de Vincennes et après les vagues islamophobes et antisémites qui les ont suivis, il nous semble nécessaire de créer les conditions d’un front uni antiraciste, sur une base de classe et révolutionnaire. Nous espérons que cette marche en sera l’un des jalons, comme le sont les luttes matérielles concrètes que mène notre classe, et en son sein l’ensemble des minorités racisées, contre l’ordre capitaliste, raciste et colonial (et patriarcal ?). Nous entendons y contribuer par notre présence.

Nous voulons faire savoir que nous sommes des Juives et des Juifs progressistes, antiracistes et révolutionnaires. Nous voulons contribuer à construire un front commun antiraciste, dans lequel ni l’antisémitisme, ni la rromophobie, ni l’islamophobie, ni la négrophobie ne soient relégués au second plan. Nous voulons que cessent les crimes policiers racistes et nous pensons qu’un rapport de force doit être construit dans ce sens. Nous voulons donner à ce front commun un caractère de classe, parce que nous identifions la bourgeoisie, au côté de l’État, comme promoteur de l’antisémitisme et de toutes les autres formes que prend le système raciste. Nous invitons tou.te.s celles et ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs et dans nos combats à rejoindre le cortège des Juives et Juives Révolutionnaires à la Marche de la Dignité le 31 octobre, à Barbès. »

Auteur de l’article : CGARP

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