Le 10 juin à Saint-Denis : l’Euro pas sur notre dos !

Compte-rendu de la manifestation du 10 juin à Saint-Denis. L’Euro pas sur notre dos !

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Le tract unitaire

Vendredi 10 juin, l’Euro 2016 débutait avec le match France-Roumanie. En pleine mobilisation contre la loi Travail et son monde, nos chers dirigeants veulent profiter de cet Euro pour calmer la contestation sociale grandissante derrière cette grande vitrine sportive. Cet événement est aussi l’occasion pour nos dirigeants d’intensifier l’offensive contre les quartiers populaires. En pleine mobilisation contre la loi Travail, et son lot de répression, il n’était pas question pour nous d’accepter la « trêve » voulue par le gouvernement. En grève et dans la rue, on continue le combat !

État d’urgence vs état d’urgence sociale

Alors que Saint-Denis manque cruellement de moyens pour les écoles, les hôpitaux et les logements, l’État a fait le choix d’investir plus de 1,7 milliard dans l’organisation de l’Euro 2016. C’est une véritable provocation, alors que les derniers incendies sur la ville (qui ont fait 5 morts, dont plusieurs enfants) montrent le besoin urgent de logements salubres et décents pour les plus mal-logés. Les propriétaires-vautours qui s’enrichissent sur le dos de la misère et les pouvoirs publics, en laissant proliférer un parc immobilier insalubre, en ne proposant pas des solutions de relogement pérennes pour les sinistrés et en harcelant les habitant-e-s qui s’organisent et réquisitionnent les logements vides, sont les seuls responsables de ces drames.

Malgré cette situation sociale lourde de conséquences pour les classes populaires, l’État et la municipalité Front de Gauche jouent dans la surenchère sécuritaire pour occulter les problèmes sociaux. L’État et les médias aux ordres nous ont martelé, et nous martèlent encore, que le principal enjeu pour cet Euro n’est pas sportif, ou économique, mais bien sécuritaire. Ce sont ainsi plus de 90 000 policiers, gendarmes et agents de sécurité privée qui sont mobilisés actuellement. Ce déploiement sécuritaire sans précédent, permis par la prolongation de l’état d’urgence au mois de mai, ne signifie rien d’autre qu’un renforcement des contrôles au faciès, de la chasse aux sans-papiers et un flicage généralisé de la population. Quant à la mairie de Saint-Denis, trop contente d’accueillir l’Euro 2016, elle en a profité pour installer une trentaine de caméras de vidéosurveillance, dont on connaît le caractère liberticide.

L’Euro : une fête populaire ?

Depuis l’annonce de l’accueil par la France de l’Euro 2016 (en échange d’une exonération fiscale de toutes les activités organisées par l’UEFA pendant l’événement…) en 2010, on constate une accélération de la guerre de classe via l’accaparement de la ville par une minorité, comme en 1998 avec la coupe du Monde et la gentrification du quartier de La Plaine. Les sociétés immobilières en ont profité pour spéculer sur les logements, un hôtel 4 étoiles s’est construit à Porte de Paris, des habitant-e-s ont été expulsé-e-s de leur logement… Alors qu’on nous dit, sans rire, que l’Euro doit être une « fête populaire », ce sont bien les classes populaires qui trinquent. Et ce depuis de nombreuses années, dans une totale indifférence. Il est aujourd’hui de plus en plus difficile de se loger pour la plupart d’entre nous, du fait de l’augmentation importante des prix des loyers, des garanties de plus en plus contraignantes à respecter (fiches de paie, caution…) et du racisme des agences immobilières et des propriétaires. Bref, l’Euro n’est pas une « fête populaire » pour tout le monde.

L’Euro, c’est aussi une menace directe contre les femmes. Les grands événements sportifs sont des périodes risquées pour les femmes, qui doivent faire face à de nombreuses situations de harcèlement dans la rue et dans les transports. La concentration d’hommes dans un même lieu, favorisant la solidarité masculine, augmente également le risque pour les femmes de se faire agresser et violenter, comme cela a toujours été le cas dans les grands événements (sportifs ou pas). N’oublions pas que le football reste un sport majoritairement pratiqué et supporté par des hommes : il suffit d’ailleurs de se balader dans les rues de Saint-Denis ou dans la fan-zone un jour de match pour s’en rendre compte. Là encore, l’Euro n’est pas une « fête populaire » pour tout le monde, et notamment les femmes.

Face aux conséquences sociales de l’Euro 2016, la résistance s’organise

L’Euro pas sur notre dos : c’est derrière ce mot d’ordre qu’entre 150 et 200 personnes ont manifesté vendredi 10 juin à Saint-Denis.

Prises de parole place la Résistance
Prises de parole place la Résistance

Le rassemblement a débuté à 18h place de la Résistance, avec plusieurs prises de parole. Après une présentation de la manifestation et des conséquences sociales de l’Euro 2016 sur Saint-Denis, un camarade de Sud-Rail a rappelé les objectifs et la nécessité de la grève pour l’ensemble des cheminots, notamment pendant l’Euro 2016, à l’heure où le gouvernement et les médias dominants tentent de discréditer leur mouvement. Plusieurs collectifs militants de Saint-Denis ont également pris la parole : le collectif des parents d’élèves « le Ministère des Bonnets d’Âne » a évoqué la situation d’urgence sociale dans les écoles, le centre social L’Attiéké menacé d’expulsion a parlé de la situation du logement à Saint-Denis et de l’importance de la réquisition tandis qu’une camarade de l’AG interprofessionnelle de Saint-Denis a fait le point sur les luttes passées et en cours contre la loi Travail et son monde. Un militant de la CSP93 a dénoncé avec force les véritables objectifs de l’état d’urgence : celui de poursuivre les guerre aux pauvres, et notamment les sans-papiers. Enfin, un membre du collectif Red Star Bauer est intervenu sur la nécessité de faire vivre un football populaire, loin du foot business pourri par le capitalisme, ce qui passe notamment par la rénovation du Stade Bauer à Saint-Ouen pour accueillir à nouveau le club du Red Star.

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Les personnes présentes se sont ensuite joyeusement élancées dans les rues de Saint-Denis, avec les slogans tels « Tout le monde déteste l’UEFA », « Valls au vestiaire, tout le monde est en colère », « Carton rouge pour la loi travail », « De l’argent il y en a dans les caisses de l’UEFA ». Le cortège bruyant et dynamique, arrivé sur la place Jean Jaurès proche de la Basilique, a manifesté son soutien aux sans-papiers et leurs soutiens rassemblés autour d’un « cercle du silence ».

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6 rue Paul Eluard

Après ce moment de solidarité, le cortège a continué en direction du 6 rue Paul Eluard, où 5 personnes sont décédées le 6 juin suite à l’incendie de leur immeuble. La manifestation a respecté une minute de silence à la mémoire de la famille qui a tragiquement péri dans cet incendie. Le mal-logement tue, et si rien n’est fait pour régler la crise du logement de nouveaux drames arriveront, c’est pourquoi nous nous battrons sans relâche pour que tout le monde puisse vivre dans un logement décent.

Nous avons ensuite marché en direction de la porte de Paris, alors que la préfecture souhaitait que nous restions sagement dans le centre-ville, au cri de « Match gratuit pour tout Saint-Denis ». La police a ainsi bloqué la manifestation au niveau du métro à l’aide de 4 policiers à dos de cheval. Nous avons continué à chanter pendant plusieurs minutes, tandis que les flicaillons commençaient à perdre patience.

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Alors que la manifestation était en train de faire demi-tour, des CRS ont eu l’ordre de nasser une partie de la manifestation jusqu’à 21h, c’est-à-dire au coup d’envoi du match d’ouverture. Ils ont au passage copieusement brutalisé les manifestant-e-s et arrêté-e-s quelques un-e-s, avant de les relâcher quelques minutes plus tard. La nasse comprenait aussi bien des manifestant-e-s que des habitant-e-s, surpris de voir un tel dispositif policier. Coincé-e-s dans la nasse, plusieurs manifestant-e-s et habitant-e-s ont alors pris l’initiative d’organiser un match de foot improvisé en pleine rue, une image qui ne correspond donc pas du tout à l’étiquette « anti-foot » que certains voudraient nous coller. Alors qu’une passoire faisait au début office de ballon de foot, un voisin a jeté, de sa fenêtre, un vrai ballon de foot dans la nasse, pour la plus grande joie des footballeurs et footballeuses en herbe. Après une fouille des sacs, les manifestant-e-s ont pu sortir de la nasse à 21h.

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La manifestation du 10 juin n’était qu’une première étape et nous continuerons, en lien avec la mobilisation contre la loi Travail, à dénoncer les conséquences sociales de l’Euro 2016 sur les habitant-e-s des quartiers populaires.

A Saint-Denis comme ailleurs : l’Euro pas sur notre dos !

Front de luttes logement de la CGA-RP

Auteur de l’article : CGARP

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